Les jardins

Le jardin de la Villa Médicis, qui s’étend sur près de 8 hectares conserve en grande partie son ordonnance du XVIe siècle, répartie en trois zones (le piazzale, les carrés et le bosco). Cette tripartition, à l’image des jardins botaniques toscans, a pour origine les traités arboricoles de l’époque pré-renaissance. Lorsqu’en 1564, le Cardinal Ricci acquiert le domaine, appelé la Casina Crescenzi, située sur le collis hortulorum, celui ci ne comporte sans doute qu’une ferme au milieu de terrains plantés de vignes. D’importants travaux de terrassement sont alors engagés. Grâce aux travaux d’irrigation de Camillo Agrippa, mathématicien et ingénieur milanais, de nombreux bassins et fontaines ornent les lieux. Au sud, une silva (ou bosco) semble avoir été partiellement aménagée dès 1570, entre l’allée de la via Pinciana à l’Ouest, le mur d’Aurélien à l’Est et la terrasse du jardin au nord, en contrebas. La parcelle ainsi définie contient encore les restes enfouis d’un temple romain dédié à la Fortune.
Lorsque Ferdinand de Médicis rachète le domaine aux héritiers de Ricci, en 1576, il s’engage à finir la campagne de travaux encore inachevée du cardinal. L’achat en 1580 de la vigne de Giulio Bosco, au sud de la silva permet à Ferdinand de clore définitivement le site de la Villa, entre le Mur d’Aurélien et la via di Porta Pinciana. Il met en place un nouvel axe nord-sud (le viale lungo), reliant le jardin au bosco, et édifie une petite colline artificielle en ensevelissant les ruines du temple de la fortune. Tantôt interprété comme un Parnasse, tantôt comme un tombeau étrusque, cet édifice semble vouloir placer le nouveau propriétaire des lieux sous la protection d’Apollon. De nombreuses sculptures ornent les jardins, dont le célèbre groupe des Niobides redécouvert lors de fouilles archéologiques menées à la fin du XVIe siècle. C’est selon toute apparence sous le directorat d’Ingres que l’on modifie légèrement le tracé des parterres sur le piazzale, devant le palais principal et que l’on plante les grands pins parasols qui font aujourd’hui la particularité du site. Le peintre Balthus, directeur de l’Académie de France entre 1961 et 1977, soucieux de redonner aux lieux leur splendeur d’autrefois, remanie à nouveau ces parterres en dépouillant ainsi le jardin des modifications faites au XIXe siècle, à l’exception des pins plantés par Ingres. En 2000 une importante campagne de restauration est entreprise dont la mission essentielle est de redéfinir les axes de la trame géométrique caractérisant le jardin de Ferdinand de Médicis. Ainsi selon la position des hermès, à l’angle de chaque carré, l’ensemble des haies a été retaillé et rabattu ou replanté, dans certain cas, dans leur position d’origine, réinsérant les essences historiques tels que le Buxus sempervirens, le laurus Nobilis, le viburnum Tinus, le Pistacia lentiscus ou encore le Myrtus communis.

Depuis maintenant plus de cinq ans, l’Académie a mis en place, avec l’aide d’un expert agronome, un plan de gestion pour les travaux à court, moyen et long terme. Deux axes majeurs ont été inscrits à ce programme. Le premier concerne la conservation du patrimoine arborescent du parc, composé de chênes verts, Quercus Ilex, de pins parasols, Pinus Pinea, ou encore d’ormes, tous confrontés à une dégénérescence importante due à leur grand âge mais aussi à des attaques très sévères d’insectes ou de maladie. L’Académie déploie une action considérable pour les préserver, en mettant en place des traitements préventifs et curatifs parallèlement à une surveillance constante à travers des analyses visuelles et instrumentales régulières. Les abattages sécuritaires et indispensables de certains arbres sont suivis par un programme de replantation très attentif.
L’autre grande ligne directrice intéresse la protection et l’amélioration de la biodiversité dans les jardins. Depuis plus de cinq ans, plus aucun produit phytosanitaire n’est utilisé pour le traitement des plantes, privilégiant des produits exclusivement naturels, le Bacillus Thuringiensis ou l’huile de Neem par exemple, ou en effectuant des interventions de lutte biologique régulière avec des lancés d’insectes utiles pour combattre certaines maladies ou attaques. Des maisons de chauve-souris ont été installées dans le parc afin d’y développer l’insertion de familles de chiroptères, très friands de moustiques ainsi l’Académie a pu abandonner l’emploi d’insecticide, nocif autant aux personnes habitants dans le parc qu’à l’environnement et permettant ainsi le retour des lucioles dans le Bosco.
De la même manière, le choix des plantations se fait sur des critères historiques mais également botaniques favorisant les plantes autochtones résistantes au climat méditerranéen et à basse exigence hydrique ; des près fleuries ont été plantés dans plusieurs carrés du parc augmentant ainsi la présence d’insectes utiles et favorisant une pollinisation plus active des plantes; des abris pour ces amis polinisateurs y ont été construits.
Parallèlement à cette gestion quotidienne du parc des grands projets de restauration ont été réalisés tels que l’allée des orangers avec la plantation en alternance de bigaradiers et rosiers antiques en espalier, le jardin des citronniers avec sa collection de citrus historiques ou encore la création d’une vigne avec l’implantation de plants retrouvés dans les archives des Médicis et faisant échos aux fresques du cabinet de Ferdinand voisin.